08 février 2017

Gendarmes au repos

Cela dure depuis cinq jours et nous n'avons pas idée de la fin du mouvement. Mouvement, c'est une façon de parler puisqu’ils restent cantonnés dans leurs casernes. En grève, nos gendarmes réclament 43% d'augmentation. Pour le gouvernement local, il est hors de question de leur accorder ne serait-ce que 1%. Austérité, tel est le mot d'ordre.

Conséquence : les fripouilles s'en donnent à cœur joie. Vandalisme, braquages, homicides (85 en 5 jours). Conséquence : les bus ne circulent pas ; les boutiques, les supermarchés et les restaurants restent fermés, faute de sécurité et de personnel.

Le gouvernement local a fait appel à des renforts venus de Rio et Brasília. Pour l'instant, aucun effet. Et puis ceci : avis aux partisans de l'État minimum ! Si c'est ça que vous voulez, ça va clairement pas le faire.

19 janvier 2017

Daniel Blake au Cine Jardins

C'est un film auquel il n'est est peut-être pas nécessaire d'assister en tant que spectacle, mais qui vaut pour sa valeur documentaire.

Ken Loach nous donne à voir une société anglaise en train de se défaire. Décadente, comme dirait à juste titre Michel Onfray.

Et, oh surprise, une large part du public n'a pas hésité à applaudir à la fin de la projection, comme une façon de dire "Fora Temer !".

11 janvier 2017

Garçon !

Cela aurait mérité une photo mais je n'étais pas équipé et je conduisais.

Entre les files de voiture, un homme élégant, long pantalon noir, chemise blanche et nœud papillon noir se faufilait, un plateau à la main et des bouteilles d'eau dans un seau à glace.

Ainsi vont les nouvelles figures de la précarité dans les rues du Brésil.

06 janvier 2017

Étudiante japonaise disparue sans laisser de corps

Une étudiante japonaise qui disparaît, probablement assassinée, mais sans laisser de corps. Un assassin présumé, de nationalité chilienne, qui a disparu lui aussi. Voilà qui agite la bonne ville de Besançon où se sont précipités une vingtaine de journalistes nippons.

Voilà qui ne se produirait pas dans la turbulente métropole de Vitória qui en voit pourtant d'autres.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de ce palpitant fait divers...

(Il fallait bien une affaire aussi rocambolesque pour justifier la reprise de ce blog après deux ans ou presque d'hibernation.)

07 janvier 2015

JE SUIS CHARLIE

L'ouvrir quoi qu'il en coûte.

Et aussi respect et émotions. Émotions, que je mets au pluriel. Pour avoir perdu aujourd'hui plusieurs amis qui m'accompagnaient depuis mon adolescence.

01 janvier 2015

Sans illusion

Aujourd'hui, premier jour de l'année 2015, nous vous souhaitons la meilleure année possible dans un environnement difficile.

Aujourd'hui, premier jour de l'année, journée d'été, chaude et venteuse.

Aujourd'hui, premier jour du second mandat de Dilma Rousseff, un mandat qui s'annonce à ce point problématique que rien ne permet d'assurer qu'il ira jusqu'au bout de son terme.

Aujourd'hui, sera ou seront connu(s) le(s) gagnant(s) de la principale loterie brésilienne, la Mega-Sena. 263 millions de reais sont en jeu, soit environ  80 millions d'euros.

15 juillet 2014

Les BRICS ont leur banque, Dilma saura-t-elle regagner du crédit ?

Quatre hommes et une femme. Un Européen, un Africain, une Latino non indienne, un Indien, un Chinois. Ce sont les représentants actuels des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) réunis actuellement au Brésil et qui viennent de décider la création d'une banque développement ayant pour objectif non seulement d'être au service des pays fondateurs, mais aussi d'autres pays émergents. Pas aujourd'hui véritablement une alternative au FMI ou à la Banque mondiale, mais qui annonce peut-être d'autres structures dans le futur, ayant des ambitions plus larges.

Le siège sera à Shanghai, la présidence sera tournante. Pour commencer, l'Inde prend en main les rênes, le Brésil la suivra dans cinq ans. À terme, il se pourrait aussi que ces pays décident de se passer du dollar et de l'euro pour une part de leurs relations commerciales internes au groupe. Ironie de l'histoire, l'acronyme BRIC (qui a précédé BRICS) a été créé en 2001 par Jim O'Neill, économiste de la banque d'investissement Goldman Sachs. C'était à un moment où Wall Street et la City faisaient assaut d'amabilités à l'égard des pays émergents, ne cessaient de louer leurs dirigeants dans la presse à leur service (Financial Times, The Economist, Wall Street Journal), reprochaient aux dirigeants des pays riches de ne pas suivre leur exemple. Aujourd'hui l'amour n'est plus à l'ordre du jour et le désamour est même consommé. Ces changements d'humeur peuvent ne pas paraître toujours très clairs, mais nous pouvons être certains qu'ils sont directement liés aux intérêts de l'oligarchie qui gouverne dans une large mesure notre petite planète.

Une des conséquences de ce retournement se traduit actuellement au Brésil par la campagne de presse orchestrée contre Dilma, avec pour objectif d'empêcher sa réélection en octobre prochain. Alors que pendant huit ans, Lula a bénéficié d'un pacte de non agression de la part d'une partie de la bourgeoisie et en particulier des entrepreneurs, Dilma ne connaît qu'un désaveu croissant à mesure qu'approche l'élection. Et ce d'autant plus significativement qu'elle ne fait que poursuivre les grands axes de la politique de son prédécesseur. Pour abattre la présidente, tout est bon, les fausses informations, l'intox permanente, la confusion des idées émises par l'opposition afin de noyer son véritable projet, l'appel à la peur... La Coupe du monde a été l'objet de tous les fantasmes, ces dernières semaines. L'opposition (surtout de droite) annonçait une catastrophe qui aurait été à mettre sur le compte du gouvernement. Maintenant qu'elle ne peut nier que tout s'est bien passé, et même au-delà des espérances, ce n'est en rien à mettre au crédit du gouvernement mais uniquement à celui du secteur privé !

À force, les messages produits par les grandes chaînes de télévision et les journaux, tous sous le contrôle de grands groupes ou d'églises évangéliques, finissent par passer et faire douter une partie de ceux qui ont voté pour la candidate du PT il y a 4 ans. Au point qu'il est impossible aujourd'hui de faire un pronostic. Il y a quelques années, cette même presse avait réussi à retourner l'opinion publique en quelques jours, avant un référendum sur la vente libre des armes à feu : la vente libre avait été maintenue, contre toute attente. C'est une leçon qu'a retenu la droite et son candidat Aécio Neves. L'enjeu est certes différent, mais la bascule pourrait tout aussi bien fonctionner ces prochaines semaines.

09 mai 2014

Aéroports du Brésil : ça bat de l'aile

Alors qu'approche le lancement de la Copa (le 12 juin), les critiques des Brésiliens – mais surtout de la presse – sur les retards de la rénovation des aéroports redoublent. Que vont penser les touristes étrangers qui vont débarquer au Brésil au mois de juin, s'interrogent-ils. Ou font-ils semblant de se demander, car, à dire vrai, cette campagne de presse vise en premier lieu à discréditer un peu plus le gouvernement actuel, Dilma en tête, alors que dans quelques mois auront lieu notamment les élections présidentielles. Depuis plusieurs mois, les propriétaires des journaux et des chaînes de télévision ne ménagent pas leurs efforts pour critiquer le PT et ses leaders, ministres et présidente en tête, en utilisant en premier lieu tout ce qui touche de près ou de loin à la Coupe du monde, sujet particulièrement sensible dans un pays comme le Brésil, où le football est vécue comme une religion.

Et s'il est vrai que les faits pourraient donner à première vue raison aux médias brésiliens, il ne faudrait toutefois pas oublier que la situation n'aurait pas été différente avec un autre gouvernement sous la botte d'un autre parti – le PSDB de José Serra et Aécio Neves, par exemple. En effet, le manque de planification, l'indolence, l'incompétence et la corruption sont parmi les qualités les mieux partagées par les Brésiliens, des qualités qui, soit dit en passant, gagnent aussi du terrain dans nombre de pays d'Europe, au premier rang desquels la France.

Mais revenons à nos avions. On me rapportait ce matin les propos d'une Brésilienne qui, rentrant de Miami où elle était allée faire ses courses, aurait éprouvé de la honte en (re)découvrant l'état de l'aéroport de Guarulhos (São Paulo, pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas). Cette pauvre dame aurait ajouté une tirade sur la déception que ressentiraient bientôt les supporteurs étrangers arrivant en hordes échevelées pour soutenir leur équipe. Mais seront-ils déçus ces touristes ? Qu'on me permette d'en douter, pour plusieurs raisons. La première est qu'ils vont venir avec d'autres idées en tête que de prêter attention aux aéroports. La seconde est que s'ils y prêtent attention, ils ne seront pour la plupart guère surpris par leur état. En effet, quelle est l'image que ces étrangers ont du Brésil à l'heure actuelle ? Les préjugés ayant la peau dure, même si le Brésil a gagné ses galons de puissance émergente, restent dans la tête de beaucoup les clichés que l'on associe aux pays du tiers-monde. Par conséquent, le mauvais état des aéroports ne viendra que renforcer ses préjugés, un point c'est tout.

Cela étant dit – salut Raymond –, les Brésiliens ont-ils raison de se plaindre ? Sans doute oui, car le Brésil est suffisamment riche et développé pour bénéficier d'infrastructures de qualité. Mais tant que manquera la volonté politique – et ce que j'ai déjà souligné plus haut – il en restera ainsi. Je n'en dirai pas plus, par peur de me répéter. Et aussi parce que cela me fatigue !

Photo : Francis Juif

30 avril 2014

Les cent ans de Dorival Caymmi

Il y a cent ans aujourd'hui naissait Dorival Caymmi. Le lendemain, 1er mai, date prédestinée puisque pas encore consacrée, il se remettait du travail de parturiente de sa mère bahianaise. Y a-t-il meilleure manière de se reposer que de se reposer du travail des autres ? Sous le signe de la légendaire paresse bahianaise, le destin de Dorival était tout tracé. Et c'est ainsi qu'en 93 ans de vie, Dorival Caymmi n'a écrit qu'un peu plus d'une centaine de chansons. Mais quantité faisant rarement bon ménage avec qualité, cette faible production constitue sans doute une condition nécessaire sinon suffisante pour expliquer pourquoi presque toutes les chansons du maître sont devenues des classiques de la chanson brésilienne, des standards dit-on ailleurs, repris et réenregistrés par des centaines d'interprètes de toutes les générations.

Le plus étonnant est la lenteur avec laquelle le maître a écrit certains de ses joyaux. Au point que, selon Danilo, l'un des enfants de Dorival, on dit qu'à Bahia il y a trois vitesses, le lent, le très lent et le Dorival Caymmi. Étonnant car si l'on prête attention aux textes, l'on remarquera à chaque fois leur extrême simplicité, comme s'il avait fallu chaque fois laissé du temps au temps pour ne garder d'une idée que la substantifique moelle, en l’occurrence une accumulation de clichés (la jeune et jolie mulâtresse, la plage, les charmes et les pièges de la mer, les pêcheurs et leurs filets, le samba et la cachaça, etc.), dits avec les mots les plus simples, que l'on ne pardonnerait pas à tant d'autres chanteurs. Qu'on en juge avec la chanson Maricotinha qui lui a pris plusieurs années :
Se fizer bom tempo amanhã, eu vou,
Mas se por exemplo chover, não vou.

Ce qui fait la différence tient peut-être au personnage de Dorival Caymmi, sa corpulence, la rondeur de son visage, la chaleur de sa voix, un personnage tout droit sorti des romans de Jorge Amado, dont il était l'ami et avec qui il a un peu travaillé. Et même si certaines reprises de ses chansons sont de bonne facture, rien ne vaut les interprétations originales. Seul Dorival Caymmi donne à ses textes la profondeur qui touche sinon à la vérité, du moins à la sincérité. Une sincérité qui n'est, d'ailleurs, pas forcément dénuée de roublardise, car, ne l'oublions pas, nous sommes au Brésil, et même au cœur du Brésil, cet État de Bahia qui concentre à la fois toutes les beautés et toutes les misères. Inutile d'en dire plus car je risquerai d'accumuler à mon tour les clichés, ce que l'on ne me pardonnerait pas.

Maintenant que j'ai fait l'éloge du maître, il me faut poser la question qui fâche : que reste-t-il vraiment des chansons de Dorival ? Cela revient à se poser une autre question : que reste-t-il du Brésil chanté par notre héraut ? Au fond, ce Brésil était celui des années trente, même si Dorival a composé et écrit toute sa vie. Un Brésil un peu pétrifié, mythifié. Nous sommes loin des réalités d'aujourd'hui. Les jeunes et jolies mulâtresses se font rares maintenant que l'alimentation est pour une large part industrielle, les plages sont envahies de marchands ambulants et largement polluées, les pêcheurs ramènent chaque fois moins de poissons dans leurs filets, le samba a accouché d'une infinité de sous-genres pas toujours du meilleur effet...

Quoi qu'il en soit, compte tenu de leur simplicité, je conseille les textes de Dorival Caymmi aux élèves débutant l'étude de la langue brésilienne. Outre qu'ils reconnaîtront facilement le vocabulaire, ils se plongeront dans le Brésil d'autrefois et feront d'une pierre deux coups en travaillant langue et ethnographie historique.


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